je marche en rentrant d'être allée boire une bière avec Élodie
je réfléchis dans le froid
et je me dis, rue battant :
est-ce que je tombe trop souvent amoureuse
ou est-ce que je ne suis jamais tombée amoureuse ?
c'est une vraie question
que je pose, au ciel, à la terre, à mon corps, ma mémoire,
la petite moi, la jeune, la un peu près grande.
et hier soir, je suis toute heureuse de recevoir un nouveau message de ta part.
et ce matin, je me dis : accepte ces sentiments-là
quoi qu'ils soient.
accepte-les.
c'est parce que tu ne les as pas acceptés que ça a pris des proportions pas possibles avec Eme.
c'est parce que tu te disais : c'est impossible.
alors que non.
ce qui était impossible c'est que tu créés quelque chose avec elle sans faire souffrir
toi, et tous les gens que tu aimes.
sans que ce soit glauque.
malsain.
les sentiments, eux, ne le sont pas.
les sentiments, les palpitations du corps, les souvenirs, les rêves
les premières pensées du matin,
et les dernières du soir
t'appartiennent. c'est à toi.
rien qu'à toi. et ça n'a rien avoir tes actions.
ce que tu ressens ne pourra jamais faire du mal.
c'est ce que tu en fais.
les accepter tendrement, au creux de toi-même
ne fera jamais du mal à quelqu'un.
c'est comme ça : tu ressens.
Sophie a ressenti, elle aussi.
et elle ressent toujours. Paul ira au Mexique.
je ne veux pas perturber ça
pour des sentiments que je ne métrise même pas.
je me dis dans la tête : ça irait, si je faisais quelque chose avec Paul
et que je sois amoureuse.
au nom de l'amour, ça irait.
au nom d'une relation amoureuse sérieuse, ça irait.
pour des sentiments non métrisés, ça ne voudrait rien dire.
je n'aurais aucune excuse.
est-ce que c'est pour ça que j'ai nommé mes sentiments pour Eme ?
pour me sauver ?
suis-je déjà tombée amoureuse ?
ou me suis-je constamment sauvée de quelque chose ?
je n'avais jamais réfléchi comme ça.
et je n'arrive plus à savoir vu que je ne suis plus amoureuse d'Eme.
vu que je suis passée à autre chose dans ma tête.
je pense que je peux le dire depuis que je ressens d'autres choses.
mais je ressentais bel et bien quelque chose, non ?
est-ce que c'était de l'amour ? ou le début de l'amour ?
comment pouvons-nous savoir si nous sommes amoureux sans vivre des choses avec quelqu'un ?
sans construire quelque chose ?
l'amour a un rapport avec la construction ?
alors qu'est-ce que c'est, tous les sentiments avant la relation ?
est-ce que c'est pour ça que les gens disent : je ne peux pas te dire je t'aime tout de suite ?
moi, quand ça explose dans mon coeur, quand mon désir est plus que sexuel,
je dis : JE T'AIME.
est-ce que ce sont mes croyances ?
qui me disent : Lucie si tu ressens des choses ambigües, c'est de l'amour ?
mais oui, c'est toujours de l'amour.
même en amitié.
mais quel genre d'amour est-ce ?
est-ce que ça à un rapport avec ma mère qui disait, à nouvel an dernier :
je suis amoureuse de toi ?
est-ce que je confonds toutes les formes d'amour ?
et qu'en même temps, je fais tout pour les définir, les catégoriser,
parce que ça me fait peur ?
est-ce que le sentiment que je ressens quand je suis trop heureuse,
ce sentiment tout au milieu de moi,
est un indice de mon corps pour dire : Lucie, tu dois grandir.
ou apprendre à te laisser aller justement.
accepte ce que tu ressens et arrête d'agir comme si tout le monde savait ce qu'il y avait à l'intérieur de toi.
comme si toi-même tu le savais.
je viens de relire ce que j'avais écrit sur Eme
c'est difficile d'assumer ce que j'ai pu écrire.
mais je vois très bien ce qu'il est en jeu :
je dis : je vais laisser aller mes sentiments
et ensuite sans cesse je dis : je ne devrais pas ressentir ça, c'est interdit
je me censure sans cesse
alors que cette espace d'écriture est censé être le mien
et celui de personne d'autre.
je me juge.
c'est dingue. alors que ces sentiments ne regardent que moi.
et qu'ils ne sont pas obligés d'être des actes !
j'ai toujours agi !
c'est comme si j'avais agi pour qu'on me punisse car je n'arrivais pas à faire comprendre
ce dont il s'agissait à l'intérieur de moi.
je dis constamment : je suis honnête.
mais je ne le suis pas avec moi-même
car je ne métrise pas bien mon rapport avec la réalité.
tout ce que je ressens, tout ce que je pense est réel pour moi
donc autant le provoquer.
et après je me victimise.
après je dis : ce n'est pas ma faute, ce sont des sentiments.
Lucie, tu as le droit de penser des choses que les autres n'accepteraient pas.
tu as le droit d'imaginer, de rêver, de fantasmer
et rester bien droite dans tes bottes dans les actes et paroles
sans pour autant être une menteuse.
tu le vois bien avec Harold : tu l'aimes très fort. ton quotidien avec lui, quoi qu'il est besoin parfois d'être dynamisé, te fait du bien, te rend plus forte, plus grande.
et tes pensées pour Paul n'y change rien.
rien du tout.
il y aurait pu avoir des actes, même, s'il n'y avait pas eu Sophie.
mais il y a Sophie.
et tu as suffisamment vécu et grandi maintenant.
tu peux dire : le passionnel est très bien à l'intérieur. sans tout dire.
c'est agréable d'écrire à Paul et de recevoir des messages de lui tous les soirs.
ok, très bien.
et ça peut en rester là.
tout ce que tu ressens n'a pas besoin d'être matérialisé et dit.
ça fait longtemps que je n'avais pas écrit sous un nouvel angle.
voilà comment tu peux te pardonner : en grandissant.
en comprenant pourquoi tu as agi comme tel.
et en regrettant amèrement bien plus tard.
j'ai évolué : maintenant, je ne suis plus la même qui a écrit tous ces mots pour Eme.
qui a composé cette musique pas si chouette.
je suis contente de lire ça et de me dire : ce n'est plus comme ça à l'intérieur de moi maintenant.
est-ce que ça veut dire que je n'aurais jamais du agir ainsi ? que j'aurais pu attendre que ça évolue à l'intérieur de moi ?
oui, j'aurais pu.
j'aurais pu faire ça et je n'ai pas pu.
donc, maintenant, agis autrement s'il te plait, Lucie.
sinon, tu vas tout droit vers un truc plus sombre.
et tu n'as pas besoin de le dire à Paul : tu n'as pas besoin de lui écrire "écoute je veux VRAIMENT PAS qu'il se passe quelque chose entre nous." tu sais que ça va rendre le truc encore plus désirable. tu le sais.
tu n'as pas besoin de t'expliquer avec les autres. explique-toi déjà toi-même. essaye déjà de définir ce que tu ressens. et sois confiante, bordel !
tu as grandi. tu es plus forte. tu as le droit de penser comme tu veux. accepte ces pensées. et si elle reste, et bien tu aviseras. ne pense pas à quand il va rentrer. quand tu vas vouloir dormir contre lui. parce qu'après tu voudras plus, toujours plus. parce que tu voudras que tes pensées deviennent matière, deviennent actes. et alors quoi ? alors quoi ? qu'est-ce que ça va t'apporter, concrètement ?
chaque chose à sa place. tes pensées tu peux les gérer toi-même, les pensées de Paul il peut les gérer lui-même. ne sois pas méchante avec lui. ne lui promets rien. tu lui as défini la situation. c'est suffisant. maintenant sois gentille avec toi-même. grandis un peu, toujours plus. fais tes dessins. partage-les. grandis. s'il te plaît. si je ne pourrais définitivement plus me regarder dans un miroir. j'ai besoin d'évoluer et de comprendre toujours un peu plus comment je fonctionne.
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