mercredi 5 mai 2021

le cinq mai deux mille vingt et un

 Eme,

je viens d'avoir un orgasme toute seule

enfin je n'arrive jamais à savoir si je peux parler d'orgasme ou pas

mais c'est monté très très haut

j'ai pensé à toi

dans ma chambre

et les draps à carreaux jaune


enfin non

j'ai pensé à toi

mais de manière imprécise 

comme des petits flashs

par-ci par-là

c'est moi là, en mettant des mots

qui transforment


j'écoute l'album de julien doré - bichon

quand je me fais du bien

j'arrive à me concentrer uniquement sur mon désir

et à ne pas penser aux yeux au-dessus de la tête

qui me regardent et qui me jugent


j'écoute maintenant me faire la belle - dooz kawa


je t'écris t'écris

et je n'ai même pas dédaigné à répondre à ton message

qui prône la légèreté et l'énergie


aujourd'hui j'ai bossé le mémoire

comme JAMAIS

la flamme de la recherche est revenue

comme par magie

près de mes deux garde-du-corps-garde-de-la-vie

Léa et Sophie me font tant de bien.


toi toi ta bière doit être finie

toi toi qui doit être sur Besançon de temps en temps

tous les jours ? 


Fanny m'a tuée lundi.

Harold lui a écrit un message pour remettre un peu tout ça dans son contexte.

Harold, le gardien de ma santé mentale.

J'ai vraiment cru que j'allais mourir. 

et pourtant, dès que je me disais : il n'y a aucune autre solution que la mort, Lucie

je me l'interdisais directement.

de manière très sincère

parce que ça fera plus de mal que de bien autour de moi

et parce que j'ai bien trop foi, peut-être même malgré moi, en la vie

ce serait trop dommage de mourir maintenant

alors que je suis sur le point de comprendre pourquoi j'ai tant voulu mourir dans le passé

je le sens au fond de moi

des choses se débloquent

ma sexualité me questionne, mais elle se débloque

la preuve : j'arrive à avoir du plaisir pour moi-même

par contre je bois beaucoup

ce n'est rien d'alarmant car je sais que c'est une période

et que si ça me fait peur, je demanderais de l'aide

et c'est tout

j'ai foi en la vie

et c'est terrifiant à quel point ! 


à vrai dire, tu ne me manques pas

je sais que j'y arrive

je sais que si je tends la main 

une autre la prendra

je sais que c'est difficile de dire adieu

mais que la douleur est saine

puisque tu étais importante

mais tu ne me manques pas

c'est l'idée de ne plus te voir

de ne plus mélanger nos vies ensembles

qui est si triste si triste

on aimerait garder les gens tout autour de nous toujours

quand bien même ça fait mal

quand bien même c'est "glauque" comme dirait mon psy

c'est là-dessus qu'il faut que je travaille je le sens

je veux rester garder les gens que j'aime et que j'ai aimé à tout prix tout près de moi

quand bien même c'est terrible quand bien même c'est le malheur

c'est ça, l'amour, que je me dis

comme un truc qu'on ne peut pas décider

ce qui est vrai en soi : les sentiments, on ne décide pas

on en est la preuve toutes les deux

par contre on peut décider ce qu'on en fait

et ça, ça fait toute la différente

l'amour ne doit pas être sacrifice

l'amour ne doit pas être une contrainte

l'amour peut faire mal à des moments

mais l'amour ne doit pas être douloureux au quotidien

je ne sais pas d'où me vient ce sentiment

peut-être parce que Moune est restée avec Papa ?

quand bien même elle avait toutes les raisons du monde de partir

rester c'était accepter l'autre dans toute son horreur

quand bien même le petit moi de Moune devait lui dire : ce n'est pas normal

mais elle se disait : je le mérite

mais non.

chacun mérite le mieux pour soi

et puis en plus

partir, ce n'est pas forcément dire : tu es une mauvaise personne, toi que je quitte

mais plutôt : notre relation est mauvaise pour moi, c'est elle que je quitte, et donc toi avec je suis désolée

moi, je faisais ça. moi je disais : je reste.

j'ai eu de la chance : je suis tombée sur des bonnes personnes.

mais les relations avec ces bonnes personnes ne m'allaient pas.

je relis ce que j'ai écrit sur Adrien, mon premier amour, et je me rends compte à quel point

j'étais malheureuse

dès le début

le tout début

je n'avais pas confiance en son amour

j'avais l'impression qu'il allait partir du jour au lendemain

alors quand il était là, ça allait

et quand il partait, je partais de moi-même

est-ce que c'est ça l'explication ? 

c'est tellement complexe

et je me relis tellement

j'y découvre de nouvelles choses à chaque fois

et je me rends compte, qu'en fait non, j'avais déjà compris

et j'en avais déjà même parlé dans mes textes

mais je me dis que certainement que je m'approche de ma propre vérité

j'espère


je ne sais pas si je te parle à toi

ou si je me parle à moi

pour plus tard


c'est difficile d'écrire quand on ne sait pas à qui on s'adresse

et en même temps non

j'ai toujours écrit pour moi-même


Eme, Eme, Eme

que faire de notre amour ?

est-ce que notre amour a existé pour te permettre de partir sans trop de dommage ? 

avec quelqu'un qui t'aime ? 

est-ce que notre amour t'a protégée ? 

est-ce que s'il n'y avait pas eu tout ça, on aurait pu vivre quelque chose de sain ? 

si mon coeur n'avait pas déjà été pris 

si ton coeur n'avait pas déjà été pris

si nous étions différentes

dans une autre vie

est-ce que notre amour aurait pu vivre ?

avec l'insouciance qu'il mérite ?


si la Lucie que je suis a pu relire ces textes sur Gillian

si la Lucie que je suis peut penser à Adrien sans souffrir une seule seconde

alors j'oublierais cet amour que j'ai pour toi

même Clément, j'ai pu m'en défaire

alors je peux me défaire de n'importe qui

j'ai déjà souffert d'amour

et pourtant on ne sait jamais vraiment comment ça marche

et je crois que je recherche la souffrance 

car on peut dire : c'est important

si on passe, comme ça, du jour au lendemain, à autre chose

est-ce que c'était important ?

est-ce que l'amour qui part nécessite la souffrance ?

je ne crois pas

avec Benjamin, je suis partie parce que je souffrais

et en partant, j'ai soufflé

expulsé toute la souffrance

pour être enfin UNE

mais ça a nécessité de la souffrance

pour en arriver à ce souffle

est-ce que l'amour qui part nécessite la souffrance ?

est-ce que je peux te laisser, sans regret, sans rancœur ? 

est-ce que c'est possible, là, tout de suite ? 

est-ce que je vais rester moi ? 

est-ce qu'une nouvelle Lucie va naître ? 

je suis sans cesse mouvante

sans cesse une Lucie de plus en plus forte

de plus en plus dans le vrai

et c'est pour ça, que j'ai foi en la vie

et aucun amour

aucune souffrance

ne devra plus jamais m'enlever ça

jamais

et notre amour ne m'enlevera jamais ça

jamais


prenons ça comme une force : nous sommes capables d'aimer

avec la complexité la plus farouche

avec la dualité du corps et de la tête

qui rappelle le combat de la petite flamme de la vie

contre l'envie que ça s'arrête tout de suite maintenant sans aucun scrupule


tout va aller bien

mais ce sera différent

car le passé est fini

fini l'enfance

fini les secrets

fini fini fini

enfance empoisonnée 

alors heureusement que ce sera différent

(tu vois je ne t'écris pas à toi, mais bel et bien à moi

et je bois du gewurtz)


je fais ma propre psychanalyse et te parler ici me contient un peu

même si j'avoue 

je n'ai pas forcément envie de t'écrire

c'est bizarre

je crois que je me suis fait une raison

et je m'étonne encore

je ne vais pas vers la mort

je grandis

c'est effrayant

je me dis : la vie sera moins passionnelle 

mais surtout : la vie sera moins malsaine


alors on fait des choix pour l'avenir

l'écolo de soi-même

de son futur

on voit plus large

on ne pense pas qu'au maintenant qui ne s'arrête jamais

la douleur s'en va avec du vin

avec des mangas

un ukulélé

c'est comme la cigarette :

apparemment l'envie de fumer s'en va au bout de quelques minutes

pourtant sur le moment, on a l'impression que ça durera toute la vie

(je pense qu'après mon mémoire je vais arrêter de fumer)


Je t'aime encore.


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